La Mairie de Paris veut interdire d'ici 2020 la circulation de tous les véhicules diesel

Anne Hidalgo a exposé la semaine dernière les axes du plan antipollution que le Conseil de Paris va examiner le 9 février prochain. La Maire de Paris veut notamment interdire la circulation dès l’été 2015 des autocars et poids lourds les plus polluants.

Véritable problème de santé publique, le rejet de particules fines fait partie des priorités d’Anne Hidalgo qui entend appliquer son programme de campagne concernant la circulation automobile dans Paris et la lutte contre la pollution. Avec son adjoint aux Transports Christophe Najdovski (EELV), la Maire socialiste de la ville souhaite placer la capitale à la tête de la lutte contre les véhicules polluants et notamment ceux fonctionnant au diesel. Anne Hidalgo a annoncé la semaine dernière une série de mesures destinées à bannir les véhicules les plus polluants d’ici l’été 2016 afin de freiner la pollution atmosphérique, notamment l’émission de particules fines. 

 

Interdire les poids lourds dès 2015 et le diesel d'ici 2020

 

 

Cette « promesse de campagne » selon les mots de l’édile se compose de plusieurs mesures radicales. Anne Hidalgo souhaite créer des « zones à basse émission » où « les véhicules polluants diesel comme essence » ne pourront plus circuler dans la ville. Plus précisément, ce programme consiste à interdire de circulation dès juillet 2015 les cars et poids lourds les plus polluants, interdiction qui touchera en juillet 2016 tous les véhicules polluants et les voitures antérieures à 1997. La municipalité affirme s’inscrire dans le cadre de la loi de transition énergétique et elle réaffirme sa volonté de supprimer le diesel à Paris d’ici 2020. 

 

La pollution causée par les particules fines provoquent de nombreux décès chaque année.

© Laurent Dambies

 

Ces mesures vont avoir de nombreuses répercussions sur le fonctionnement des PME et TPE franciliennes et dans la vie quotidienne des Parisiens. Afin d’aider les professionnels à remplacer leur parc automobile, Anne Hidalgo a confirmé la création d’une « aide financière à l’acquisition d’un véhicule propre ». Cette aide municipale viendrait s’ajouter à celle prévue par l’État ce qui représenterait une aide financière publique « de 50 % du prix d’achat » d’un véhicule propre. Des débats sont également en cours quant à la mise en place « d’un crédit à taux préférentiel » selon la Maire de la ville. 

 

Les Parisiens mais aussi les Franciliens qui effectuent les déplacements quotidiens vers la capitale seront aussi concernés par ces mesures d’incitation au passage au véhicule propre. Afin d’aider les citoyens à acquérir une automobile électrique, le réseau de bornes de recharge électrique va être augmenté et de nombreuses solutions de déplacement non polluant vont être mises en place ou amplifiées. Aides financières à l’achat d’une voiture ou d’un vélo électrique, abonnement réduit à Autolib’ ou gratuit pour le Pass Navigo, gratuité du stationnement pour les automobilistes qui possèdent un véhicule propre, la Mairie de Paris souhaite mettre en place plusieurs mesures pour aider les habitants à changer leurs habitudes. 

 

Le diesel : cause de tous les maux ?  

 

Face à ces annonces, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le fond et la forme du projet. Même si les associations et les ONG environnementales saluent ce plan municipal de lutte contre la pollution, beaucoup critiquent ce projet et la volonté de la mairie d’interdire dès juillet 2015 la circulation des autocars et poids lourds dans la ville. 

 

L’opposition parisienne, à travers la voix de Nathalie Kosciuzko-Morizet, a remis en cause ce plan « trop tardif » selon l’ancienne candidate UMP à la Mairie. Certains élus de la majorité comme Olivier Faure, le député PS de Seine-et-Marne, remettent également en cause le plan et estiment qu’à l’heure du Grand Paris, ce projet est trop centré autour de la capitale. Le porte-parole du PS explique dans une lettre ouverte à Anne Hidalgo pourquoi il craint que ce plan antipollution ait des répercussions négatives sur les villes de proche banlieue. Des doutes subsistent en effet sur l’aspect pratique de ce projet et des conséquences dans la vie quotidienne de nombreux habitants de la grande couronne qui viennent travailler dans la capitale. Une suppression des véhicules diesel dans Paris implique en effet une hausse de l’offre de transports publics car la majorité des conducteurs possèdent une automobile diesel.  Si le Grand Paris prévoit l’extension et la construction de plusieurs lignes de transports, pour le moment aucune mesure supplémentaire ne semble être envisagée pour accompagner ce plan antipollution. 

 

Les poids lourds et les camions les plus polluants sont dans le collimateur de la Mairie de Paris.

© Luc MARTIN

 

L’interdiction des cars et poids lourds trop polluants dès l’été 2015 pose également la question des transports de marchandises et des déplacements des touristes dans la capitale. Le parc des autocars touristiques est un vrai problème puisqu’il est à majorité constitué de véhicules diesel. Si peu de chiffres fiables existent sur le transport de touristes par autobus dans la ville, cette activité fait partie des piliers de l’économie parisienne et une suppression des autobus datant d’avant 2001 dès 2015 pourrait avoir des conséquences sur l’organisation pratique de séjours touristiques. Malgré les incitations fiscales pour l’achat d’un véhicule propre, il semble également difficile pour de nombreuses TPE/PME de remplacer leur parc automobile avant l’été 2015. La création de plateformes aux portes de la ville est évoquée mais rien de concret n’a encore été prévu quant aux moyens alternatifs de livraisons de marchandises. 

 

Cette critique radicale de la majorité municipale vis-à-vis des véhicules diesel passe mal auprès des constructeurs automobiles qui soulignent les efforts faits depuis plusieurs années pour rendre le diesel plus propre. Le président de PSA Peugeot Citroën Carlos Tavarez a ainsi défendu les avancées technologiques de son groupe pour protester contre cette politique antidiesel que la mairie entend appliquer d’ici 2020. « Tous les véhicules diesel sont aujourd’hui vendus avec un filtre à particules. Et nos filtres piègent toutes les particules mesurables » a ainsi expliqué Christian Chapelle, le directeur des moteurs chez le constructeur français. 

 

Les derniers moteurs diesel émettent également moins de particules que les récents moteurs essence et de grands progrès ont été faits quant à l’émission d’oxyde d’azote. Pour PSA Peugeot Citroën, tous les moteurs diesel ne se valent donc pas et une interdiction globale et non pas ciblée serait contreproductive en termes de lutte contre la pollution. 

 

De nombreuses questions restent en suspens face à ce projet ambitieux porté par la Maire de Paris. À l’heure du Grand Paris et du développement des connexions entre les communes d’Île-de-France, un plan global antipollution porté par la capitale semble être la solution la plus séduisante. Le 17e arrondissement de Paris fait partie des zones les plus touchées avec la présence du périphérique et d’axes très empruntés comme l’avenue de la Grande Armée. Les prochains mois nous diront si les bus de touristes cesseront de passer par la Porte Maillot pour visiter la Place de l’Étoile et les Champs-Elysées... 

 

Pascal Arroyo

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